Geoff Campion : la carrière d’un champion

 

Arthur Geoffrey Campion est né à Coventry en novembre 1916. Dès son jeune âge, il est initié au dessin par son père. Pendant la guerre, il se porte volontaire pour combattre dans la « Royal Artillery » (1940) et il est envoyé en Afrique. À la démobilisation, il devient comptable dans un cabinet juridique. Mais, en 1948, il découvre une petite annonce dans le Daily Telegraph : Amalgamated Press, le plus important éditeur britannique de presse enfantine, recrute des dessinateurs. Sur deux cents candidatures, seuls deux débutants sont retenus par le rédacteur en chef Leonard Matthews : Reg Bunn et Campion (curieusement, tous deux sont originaires de Birmingham).

L’une des premières commandes de Campion consiste à succéder au vétéran Derek Eyles sur Sand, histoire d’un cheval sauvage qui remporte un grand prix, d’après un film de la Fox. Parue dans l’hebdomadaire SUN en 1950 (n°61 à 66), elle a été traduite sous le titre Jubilee cheval sauvage dans COQ HARDI en 1953, du n°119 au n°122 (la planche du n°119, correspondant au SUN n°61, étant celle de Eyles).

Les années cinquante sont la décennie du western et Campion va en devenir le grand spécialiste, ce qui est un comble pour quelqu’un qui affirmait, au début de sa carrière, n’avoir jamais dessiné un cheval de sa vie ! On lui confie la responsabilité d’inaugurer la fameuse collection COWBOY COMICS LIBRARY avec un premier numéro consacré à Buck Jones (avril 1950). Il en dessine une vingtaine d’épisodes. Suivent trois aventures de Kit carson, toujours dans la même collection, pour laquelle d’ailleurs Campion réalise de belles couvertures, qu’il signe parfois de ses initiales AGC. La version française est publiée par les éditions Impéria.

En 1952, il adapte le film Quo Vadis avec Robert Taylor pour THRILLER PICTURE LIBRARY n°19, que la S.P.E. traduit à deux reprises : MONDIAL AVENTURES n°9 en 1955 et L’ÉPATANT petit format n°2 en 1968.

Robert Taylor inspire décidément les Anglais puisque la prestation de l’acteur hollywoodien dans le film Billy the Kid suscite une adaptation dessinée, qui débute dans l’hebdomadaire SUN en 1952. Campion fait preuve d’un grand panache dans ces récits courts mais dynamiques, disséminés chez différents éditeurs en France (PEPITO, JIM TAUREAU, FAR WEST, TEX TONE, BUCK JOHN, CASSIDY, LE JOURNAL DE L’AVENTURE, MANITOU).
Pour l’hebdomadaire COMET, il crée Strongbow the Mohawk  puis Buffalo Bill (voir ci-contre).

À chaque fois, plusieurs dessinateurs prennent le relais de Campion qui n’a pas le temps de tout assumer. La Fleetway l’utilise en tant que maître d’œuvre, afin qu’il crée de nouveaux personnages qui seront ensuite continués par d’autres collaborateurs du groupe. Son style s’impose comme le modèle à suivre et, de ce fait, il aura de nombreux imitateurs. En ce sens, sa contribution à la bande dessinée britannique d’après-guerre sera capitale.

Le SUN du 7 janvier 1956 voit apparaître un nouveau héros conçu par le duo Butterworth (scénario) – Campion (dessins) : Battler Britton. Ce lieutenant-colonel de la R.A.F. n’en finira pas d’aligner les combats contre les Allemands, donnant du travail à d’innombrables dessinateurs, parmi lesquels un certain Hugo Pratt. En France, Battler Britton commence sa carrière en seconde partie de GARRY avant de devenir le titre d’un pocket au succès fracassant.

En septembre de la même année, Campion change de registre et aborde la science-fiction. Il crée Jet-Ace Logan, un pilote du futur, pour COMET (sc. David Motton), réalisant le premier épisode et abandonnant le personnage au milieu du second à John Gillatt. En France, les planches de Campion correspondent à JET LOGAN n°40 à 42  pour l’épisode 1 (réédité dans SUPER BOY n°383 à 385) et JET LOGAN n°43 et 44 pour l’épisode 2 (réédité dans SUPER BOY 390 et 391).

Deux mois plus tard, il met en images Wyatt Earp, un personnage mythique de l’Ouest américain qui doit sa renommée au cinéma (il fut interprété par Henry Fonda en 1946 et Burt Lancaster en 1957). Sur les 28 épisodes que compte la série, Campion n’a dessiné que le premier et le quatrième (SUN n°405 et 408). Ils ont été traduits dans HÉROS DU FAR WEST n°7 et FAR WEST AVENTURES n°9.

Décidément éclectique, Campion travaille même pour POPPET, un hebdomadaire pour filles dans lequel il dessine Black Velvet (1963), une version féminine de Dick Turpin. Ces aventures chevaleresques se déroulent vers 1745 : restée fidèle au prince Charles Stuart, Lady Margaret Wade est pourchassée par les partisans du roi Georges. Elle devient hors-la-loi, masquant son visage d’un loup noir. La jeune fille rétablit alors la justice à sa manière, volant aux riches pour restituer aux déshérités, redressant les torts causés par la milice du roi Georges avec humour et gaîté. Traduit sous le titre Miss Loup Noir dans FRIMOUSSE du n°231 au n°240.

Lorsque les bandes dessinées axées sur le sport commencent à remplacer le western dans la presse enfantine britannique, Campion conçoit un Indien champion de catch pour le journal TIGER en 1962 : Johnny Cougar. Il paraît chez Aventures et Voyages sous le nom de Puma Noir dans SWING ! n°25 à 29 (réédité dans ATÉMI n°229 à 233). John Gillatt prendra une nouvelle fois la suite. L’éditeur français complètera le matériel anglais par de nombreux épisodes inédits.

Puis vient l’époque des agents secrets, au milieu des années soixante, sous l’influence des James Bond. Campion crée coup sur coup Vic Gunn dans LION (traduit en Simon Kane dans JANUS STARK n°1 et 2) et Nelson Lord dans TIGER (traduit aux éditions Arédit dans KING).

L’année 1968 marque le retour de Campion au western : dessinée au lavis pour l’hebdomadaire JAG, sa version du Général Custer déforme complètement la réalité historique, l’officier dévoré d’ambition devenant un véritable chevalier, d’une impeccable moralité ! On trouvera la traduction dans BONANZA du n°45 au n°48.

Bien d’autres héros sont nés sous la plume de ce prolifique et magistral auteur. On se contentera de citer celui qu’il avouait préférer : The Spellbinder (La dynastie des Turville dans AKIM COLOR).

Geoff Campion ne prit sa retraite qu’à la fin des années quatre-vingt, pour décéder le 27 décembre 1997. C’était un homme chaleureux, modeste et bourré d’humour.

Gérard THOMASSIAN (extrait de « L’Encyclopédie des BD de Petit Format », Tome IV, 1er Tome)